Chaque printemps, les tétras des armoises se rassemblent dans de petites clairières herbeuses au cœur des plaines de sauge. Chaque printemps, je peine à trouver les mots pour décrire leur comportement. Les mâles se gonflent, comme à leur habitude, dans l'espoir d'attirer l'attention de quelques femelles. Mais quand les tétras des armoises se mettent en scène, c'est d'une manière déconcertante.
Ces grands oiseaux, surnommés bombardiers à juste titre lorsqu'ils prennent leur envol, déploient leur queue en éventail, formant de magnifiques plumes hérissées derrière leur tête. Vues de dos, les femelles peuvent admirer leur plumage noir parsemé de taches blanches qui rehaussent leur élégance.
Au passage d'un coq, elle remarquera quelques plumes recourbées à l'arrière de sa tête, formant comme un chapeau incliné, à la fois élégant et flamboyant. Elle admirera aussi l'écharpe de plumes blanches et abondantes autour de son cou, lui donnant l'allure d'un gentleman raffiné flânant en ville par une fraîche soirée.

Comme pour se protéger du froid avec son écharpe blanche de grande valeur, le mâle redresse les épaules et les ailes et les projette vers l'avant. Mais son geste suivant déconcerte. Le tétras des armoises mâle gonfle littéralement sa poitrine – deux sacs aériens recouverts de plumes jaunes – à travers l'écharpe blanche qui la recouvre. Il les exhibe dans toute leur splendeur, puis les claque l'un contre l'autre à deux reprises, produisant un son surprenant, comme celui de grosses gouttes d'eau tombant d'un dessin animé.
Chaque printemps, ces mâles se rassemblent pour offrir ce spectacle à l'intention des générations futures, et chaque année, je l'observe à distance respectueuse, cherchant les mots pour mieux le décrire. Chaque année, je me surprends à osciller entre deux mouvements, tandis que les mâles font rebondir leurs pectoraux couleur jaune d'œuf à travers la prairie : un spectacle à la fois élégant et comique.

Le tétras des armoises joue un rôle primordial dans le Wyoming. Espèce clé de voûte, son bien-être est un indicateur de la santé générale de l'écosystème désertique de haute montagne, particulièrement mis à rude épreuve par le développement urbain, les loisirs et l'exploitation pétrolière et gazière. De mon vivant, j'ai vu ses populations fluctuer, mais cette année, elles ont atteint un niveau record dans le Wyoming. La semaine dernière, j'ai assisté au plus grand rassemblement dont je me souvienne, se pavanant sur l'aire de parade nuptiale (appelée lek) que je fréquente depuis plusieurs années. Plus de soixante oiseaux m'ont captivé par leur allure gracieuse et détaillée, puis m'ont fait éclater de rire en glissant, à la manière de South Park, sur l'herbe pour présenter leurs poitrines jaunes aux autres oiseaux.
Les traditions printanières, comme descendre une piste dans l'obscurité et observer les tétras des armoises virevolter à travers des jumelles et le pare-brise à peine propre de mon camion, ravivent mon émerveillement pour le Wyoming et les monts Wind River. Chaque printemps me rappelle les trésors cachés de ces vastes étendues de sauge et de contreforts, prêts à nous émerveiller et à nous divertir si seulement on les regarde. Car, tandis que je contemple ce spectacle matinal pascal, j'entends aussi l'autoroute derrière moi, emportant des voyageurs insouciants à travers ce qu'ils pourraient prendre pour un paysage répétitif et monotone.
Lorsque vous partirez observer la parade nuptiale des tétras des armoises, souvenez-vous qu'ils ne dansent ni pour vous, ni pour moi. Ils dansent pour leur avenir et celui de ces paysages magnifiques. Veuillez suivre le directives du département de la chasse et de la pêche du Wyoming Pour ne pas perturber ce rituel de reproduction essentiel. Vous trouverez également des indications pour vous rendre à une arène de parade nuptiale près de Lander – une arène qui me tient particulièrement à cœur – ici, dans la région de Wind River. Je vous réserve une place… et un dictionnaire des synonymes.


